Interview de Philippe Fadeau, responsable événementiel à la Fédération Française d’Escrime

Philippe Fadeau FFE

Vous en avez pris l’habitude, le jeudi rime avec Interview sur CoteVestiaire. Cette semaine, nous avons donné la parole à Philippe Fadeau, responsable événementiel à la Fédération Française d’Escrime.

Bonjour, pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Bonjour, je suis responsable événementiel à la FFE. Mon rôle est notamment d’organiser 3 événements à l’année : 2 épreuves de Coupe du Monde (Challenge International de Paris et Challenge Réseau Ferré de France) et un grand championnat de France de minimes qui réunit 700 jeunes de 13 à 15 ans à Paris. C’est un pôle important pour la fédération qui a deux grandes vitrines : les trois événements que nous organisons qui permettent d’accueillir un large public et de faire découvrir ce qu’est l’Escrime de très haut niveau, ainsi que l’Equipe De France par ses résultats.

Comment définiriez-vous l’escrime ?

C’est d’abord un sport historique, tout le monde a un lien avec l’escrime. Aujourd’hui, on a plutôt des références avec Star Wars ou Soul Calibur, alors que dans le passé on avait des références avec les Mousquetaires, Lagardère, Zorro… Tout le monde est donc forcément intimement lié à l’Escrime par des jeux d’enfants historiques, toutes cultures confondues.

C’est aussi un sport qui a su se tourner vers le futur puisqu’il s’est beaucoup modernisé : plus de fils pour retenir les athlètes, système de vidéo-arbitrage,… tout est fait pour rendre l’Escrime spectaculaire et montrer que c’est un sport davantage tourné vers le futur que vers le passé.

Qu’est-ce que l’Escrime a de plus que les autres sports ?

L’Escrime, c’est un sport de combat, il ne faut pas l’oublier. Quand on pense aux sports de combat, on pense surtout aux sports de ring. Mais l’Escrime est bien un sport de combat qui a fait partie des World Combat Games qui se sont déroulés il y a quelques semaines à Saint-Pétersbourg. C’est un sport qui a aussi une image particulière car il est positionné haut de gamme même si en réalité ce n’est pas le cas car il n’y a pas de freins pour pratiquer de l’escrime. Malgré tout, dans l’esprit des gens, c’est un sport élitiste. Même si la réalité est différente, je pense que c’est une image que l’Escrime doit pouvoir et devoir cultiver. Il faut savoir assumer son image.

Jeremy CADOT / Jianfei MA - Fleuret

Comment voyez-vous l’Escrime dans le futur ?

Pour moi, l’Escrime restera un sport historique et indéboulonnable des JO. Quand on repense à la mésaventure quant à la participation de la lutte aux JO, je pense que notre sport est à l’abri de cela car l’Escrime a su se moderniser. Les évolutions à l’avenir concerneront plutôt les règles, le matériel, les tenues… C’est un sport qui nécessite beaucoup d’équipements, il est donc important de progresser dans ce domaine pour avoir à l’avenir des tenues qui soient plus près du corps, des masques qui permettent de voir le visage des escrimeurs, des armes qui s’allument… On peut toujours extrapoler sur beaucoup de choses mais le gros point de développement à l’avenir c’est celui-là.

Si vous deviez retenir un/une escrimeur(se) emblématique, qui citeriez-vous ? Pourquoi ?

Laura FlesselCe serait Laura Flessel qui s’est révélée au grand public lors des Jeux Olympiques en 1996. C’est un profil atypique qui est apparu en escrime : une belle femme, antillaise, souriante et avec la rage de vaincre… Tout cela a joué et elle a dégagé une aura et un charisme vraiment très particulier qui ont fait qu’elle a porté l’Escrime sur son dos pendant 20 ans. Je mesure mes paroles, concrètement elle incarnait l’Escrime comme aujourd’hui Teddy Riner va incarner le judo pendant encore des années. Pour moi, elle a vraiment révolutionné l’image que les gens se faisaient de l’Escrime.

Quel est pour vous le plus beau moment d’Escrime que vous avez vécu en tant que supporter ?

Le plus beau moment, c’était à l’occasion des Championnats du Monde d’Escrime au Grand Palais en 2010, lors de la toute dernière journée et de la dernière finale France – Etats-Unis à l’épée homme. La France était historiquement Championne du Monde et Olympique depuis déjà plusieurs années consécutives, on attendait alors un nouveau sacre. Mais les américains ont mené pendant tout le match et personne ne pensait que les français allaient revenir, mais ils l’ont fait ! C’était vraiment une émotion énorme, c’était la fin des Championnats du Monde, on sentait vraiment une communion avec le public et ça s’est soldé avec une magnifique cérémonie de remise des médailles : notre animateur a lancé la Marseillaise et a très vite coupé la musique pour laisser le public chanter « a capella ». C’était un moment magique, et je pense que tous les escrimeurs qui étaient présents ce jour-là s’en souviendront longtemps.

Parlez nous en quelques mots de la FFE ?

La FFE comporte aujourd’hui un peu plus de 60 000 licenciés, ce qui en termes de licenciés est modeste. Nous avons aujourd’hui une dizaine de salariés à plein temps donc là aussi ça montre un rapport qui est assez bas dans l’échelle des fédérations. Par contre c’est une fédération qui en termes d’image montre plus de poids que sa réelle représentation. Même si en notoriété spontanée, l’Escrime ne va pas arriver dans les premiers sports cités, en notoriété assistée tout le monde le connait. Pourtant, nous avons moins de licenciés que certains sports émergents que personne ne connait. Mais l’escrime, c’est tout un passé historique, des champions et une grande culture de la gagne que l’on essaie de retrouver aujourd’hui.

La FFE s’organise aussi dans les régions avec 31 ligues  régionales, plus de 80 comités départementaux et un peu plus de 800 clubs. Et comme tout sport amateur, tout repose sur l’engagement des bénévoles et sur le travail des maîtres d’armes. Il faut saluer le travail de tous ces gens-là au quotidien parce que ce sont eux qui font concrètement l’Escrime.

Qu’attendez-vous de cette année 2014 ?

L’année 2014 s’inscrit dans notre phase de « nouvel élan » en termes de haut niveau puisqu’après un passage à vide lors des JO de Londres, nous avons regagné des médailles cette année aux Championnats du Monde. En 2014, on espère rester dans cette progression, se repositionner toujours plus haut et remonter la pente en termes de résultats, et notamment décrocher un titre majeur de champion du Monde ou de champion d’Europe. Comme je vous le disais, les résultats de l’Equipe de France sont une des deux vitrines de la FFE donc si on a de bons résultats, on parlera de nous et ça créera peut-être des envies de rejoindre les clubs. Ensuite, on souhaite que les événements que nous organisons puissent rencontrer un succès populaire, que les gens puissent venir voir ce qu’est l’Escrime de haut niveau.

Pouvez-vous nous en dire plus sur les événements  à venir ?

Affiche Challenge International de Paris 2014Je vais parler d’abord des trois événements que la fédération organise. Tout d’abord le Challenge International de Paris qui est une épreuve historique qui a plus de 50 ans et qui est, après les JO et les Championnats du Monde, l’épreuve majeure en Escrime. C’est une épreuve de fleuret, l’arme historique française, qui a lieu les 18 et 19 Janvier 2014. C’est un peu le Roland Garros de l’Escrime, c’est un événement important donc on espère que le public répondra présent comme chaque année.

La deuxième épreuve de Coupe du Monde s’appelle le Challenge Réseau Ferré de France et a lieu les 3 et 4 Mai 2014. C’est une épreuve d’épée, toujours chez les hommes dont la particularité est d’avoir un partenaire titre à nos côtés : Réseau Ferré de France. Cette épreuve est positionnée un peu plus haut de gamme. En 2013 elle avait eu lieu au Carrousel du Louvre et cette année encore elle devrait se dérouler dans un autre lieu que le Stade Coubertin. C’est une bonne chose car je suis persuadé que l’escrime n’est pas un sport de gymnase. On est sur un positionnement différent, plus populaire pour le CIP, et plus prestigieux pour le Challenge RFF.

Le troisième événement c’est la Fête des Jeunes. C’est l’équivalent d’un championnat de France minimes. Pour l’occasion on fait venir 700 jeunes de toute la France qui se sont qualifiés tout au long de l’année. C’est la grande fête de l’Escrime en France, on reçoit toutes nos ligues, tous les clubs sont présents, c’est donc une date importante en termes de communication interne et ça nous permet de dénicher les futurs talents.

Mais 2014 sera également une année importante parce que les Championnats d’Europe seront organisés en France, à Strasbourg du 7 au 14 Juin. Pour cette compétition, il y a un comité qui assure l’organisation de cet événement. L’idée ici est de pouvoir donner un grand rendez-vous médiatique tous les deux ans : les JO de 2008, puis les Championnats du Monde au Grand Palais en 2010, les JO de Londres, les Championnats d’Europe en 2014, les JO en 2016… 2014 est donc une année importante de ce point de vue là également.

Enfin il y a aussi un dernier événement dont il faut parler qui est organisé par le Cercle d’Escrime Orléanais. C’est une épreuve de Coupe du Monde de sabre féminin qui a lieu au Zenith début février et qui est un gros succès populaire puisqu’il attire plus de 5000 personnes.

Êtes-vous satisfait de l’image que renvoient la FFE et ses sportifs ? Qu’améliorerez-vous ?

Oui, parce que l’Escrime a toujours eu une bonne image. Les athlètes aussi renvoient une bonne image parce que ce sont des garçons et des filles qui sont attachants, polis, bien élevés mais qui souffrent du manque de visibilité et de médiatisation. Nous sommes alors satisfaits de l’image qu’ils renvoient. Nos efforts doivent davantage se porter sur la manière de montrer cette image plutôt que sur l’image en elle-même.

Est-il facile de communiquer autour de l’Escrime auprès du grand public et des partenaires ? 

C’est toujours difficile parce qu’on est un sport peu visible qui doit trouver sa place au milieu de la multitude d’autres sports qui prennent la parole. L’enjeu est de savoir comment un sport modeste peut arriver à communiquer et à se montrer. Je pense que c’est dans ce sens-là que le Challenge RFF est important, tout comme l’a été le Championnat du Monde au Grand Palais. Pour nous, l’intérêt est de faire des coups médiatiques, de surprendre et de montrer l’Escrime là où les gens ne s’y attendent pas pour capter l’attention. C’est pour ça qu’avoir l’Escrime au Grand Palais ou au Carrousel du Louvre est important. Ce n’est pas anodin si L’Equipe 21 a fait une captation en direct du Challenge RFF au Carrousel du Louvre et ne l’a pas fait pour le Challenge International de Paris qui avait eu lieu quelques mois avant au Stade Carpentier. Voilà comment un petit sport peut arriver à communiquer et à se montrer,  en réalisant un « coup ».

Pour les trois prochains événements à venir, avez-vous déjà des relais médias ?

Les deux épreuves de Coupes du Monde peuvent intéresser les médias parce qu’on est dans la performance et le haut niveau. Pour le championnat de France de jeunes, c’est plutôt la PQR qui va s’intéresser au jeune tireur local qui vient à Paris pour faire un résultat.

Sur les deux événements majeurs, on a des partenariats médias notamment avec RMC et L’Equipe. Par exemple pour L’Equipe, on va faire un échange de visibilité pour être présent dans le quotidien, dans L’Equipe Magazine, sur le site Internet et peut-être faire une captation sur le site de Lequipe.fr ou sur L’Equipe 21 comme on l’a fait l’année dernière. Ensuite, avec RMC c’est aussi de l’échange qui nous permet d’être présent et de monopoliser les antennes avec des spots de promotion, de pouvoir inviter les escrimeurs à prendre la parole dans « Les grandes gueules du sport » le samedi matin. D’autre part, on essaie d’activer les communautés sur les réseaux sociaux notamment grâce aux différents jeux concours mis en place.

D’une manière générale,  on trouve toujours des partenaires médias parce qu’ils savent que l’Escrime c’est aussi les Coupes du Monde et c’est donc du sport de haut niveau. Même si nous avons eu moins de résultats, il y a toujours une histoire à raconter. Nous sommes conscients que nous ne passerons jamais prioritaires par rapport aux gros sports, et notre intérêt n’est pas là. Notre but est plutôt d’agir différemment pour pouvoir se démarquer et sortir du lot.

Concernant les prochains événements, quelles sont les opérations de communication dont vous voudriez nous parler ?

Pour le CIP, on aura une campagne promotionnelle avec RMC deux semaines avant l’événement, avec des spots nationaux et régionaux. On va également mettre en place des jeux concours pour faire gagner des rencontres avec les champions, une visite du centre d’entrainement ou d’autres choses qu’on ne peut pas acheter concrètement.

Brice GuyartAvec L’Equipe, on a un partenariat à l’année qui couvre l’ensemble des événements. Nous axons notre communication sur le Challenge RFF. Toute la partie communication « Buzz » du Challenge International de Paris ou du Challenge RFF est gérée en interne. On propose notamment l’ensemble de la compétition en live-streaming. Pour cela on réalise un quadruple streaming : l’Escrime se base sur quatre pistes en simultané donc on propose à l’internaute de suivre le match de son choix ou les quatre en même temps sur le site dédié à l’événement. Ce sont des lives commentés par Brice Guyart, Champion Olympique et ancien vainqueur de l’épreuve. On met également en place une équipe de community managers qui couvrent l’événement sur nos différents réseaux (FacebookTwitter, création d’un hashtag par événement).

Vous nous avez déjà un peu parlé de votre rapport avec les nouveaux médias. Avez-vous autre chose à ajouter ?

L’an dernier, nous avons mis en place une Web TV sur laquelle nous avons laissé à disposition du public, après l’événement, l’ensemble des matchs qui ont été filmés durant la compétition. Cette Web TV permet notamment à des coachs ou des fédérations étrangères d’acheter les vidéos des matchs de leurs tireurs pour travailler sur des séances d’entrainement. Cette année on devrait donc remettre en place cette opération sous une forme un peu différente.

On a  également envisagé de se positionner sur le mobile et le QR-Code, notamment concernant les résultats sur place. Plutôt que d’imprimer des feuilles de résultats, on met des QR-Code à disposition sur place pour que l’escrimeur puisse avoir accès en quelques secondes à son tableau ou à son classement. Ça nous permet également de faire des activations pour le public, notamment en billetterie et en boutique (réduction,…).

La fédération donne-t-elle des consignes aux athlètes concernant l’utilisation des réseaux sociaux ?

Non, les athlètes sont complètement libres d’utiliser leurs réseaux comme ils le souhaitent. Le rôle de la fédération est plutôt d’amener les athlètes vers certains sujets, comme avec le dernier teaser du CIP pour qu’il soit partagé au maximum.

Teaser Challenge International Paris 2014

Quels sont, pour vous, les points clés d’une campagne sportive digitale réussie ?

Avant tout, il faut savoir cibler. Vouloir être présent partout, tout le temps, ça ne veut pas dire pour autant que ça va être efficace. Aujourd’hui, si on travaille avec RMC ou L’Equipe c’est parce que c’est une Coupe du Monde et qu’on veut renvoyer une image sportive de haut niveau. Notre intérêt est vraiment d’assoir cette politique de performance et de haut niveau. Il faut donc bien cibler pour savoir qui on veut toucher, que ce soient les licenciés ou un nouveau public, mais aussi comment les toucher et savoir évaluer et mesurer les retombées en mettant en place des indicateurs de performance.

Outre le fait de savoir cibler, il faut être aussi innovant, pouvoir faire un « coup » sur un événement en terme de communication. C’est pourquoi, nous avons eu l’idée de faire un quadruple streaming en simultané, une première mondiale !

Quelle est la campagne de communication sportive qui vous a le plus marqué ?

J’ai beaucoup aimé la campagne avant les JO de Londres de Procter & Gamble. C’était une série de spots sur Youtube qui s’adressaient aux parents des champions dans lesquels on voyait notamment 3 ou 4 mères à travers le globe qui élevaient leurs enfants, les aidaient à faire leurs premiers pas ou leurs premières galipettes sur un tapis… pour terminer par assister aux JO et supporter leurs enfants depuis les gradins. C’était une campagne vraiment très belle et très juste.

Quelle est votre plus belle réussite en termes de communication sportive ?

D’un point de vue global pour la FFE, c’est sans aucun doute l’organisation des Championnats du Monde au Grand Palais. L’idée était vraiment de faire un « coup » et je pense que tout le monde a parlé de cet événement. On ne voulait pas organiser un championnat du monde de plus à Bercy. Le cadre était magnifique, il était en adéquation avec notre sport. Il s’agit pour moi de la plus grande réussite de l’Escrime ces dernières années.

Toute l’équipe de CotéVestiaire remercie M.Fadeau pour cette belle interview. On compte sur vous pour la partager et en faire profiter un maximum de personnes.

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À propos de Anthony

Love sport, technology and marketing

Publié le 05/12/2013, dans Rencontres, et tagué , , , . Bookmarquez ce permalien. 1 Commentaire.

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