Interview de Thierry HUBAC, directeur de la communication du FC Lorient

Photo Thierry Hubac

Crédits ©FC Lorient-Bruno Perrel

Qui dit jeudi, dit Interview d’un acteur du sport. Cette semaine, nous avons donné la parole à Thierry HUBAC, directeur de la communication du FC Lorient.

Thierry Hubac, pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

J’ai 51 ans, je suis originaire de Marseille et j’ai une formation de journaliste, un métier que j’ai exercé pendant 20 ans, d’abord comme grand reporter, puis rédacteur en chef et directeur de la rédaction, principalement au sein du groupe Lagardère. J’ai également travaillé en radio et en télévision. J’ai ensuite décidé de vivre de l’intérieur l’univers du  football, qui est l’une de mes grandes passions. Je suis alors devenu Directeur de la Communication et du Marketing à l’AS Monaco pendant quatre saisons, avant de monter ma propre structure puis de rejoindre le FC Lorient il y a trois ans.

Quels sont vos domaines d’intervention au sein du club ?

Ils sont multiples et variés. On a un peu tendance à penser, quand on parle de communication dans le football en France, que cela se résume à des fonctions d’attaché de presse. Ce n’est pas le cas. La communication a un rôle stratégique important et à ce titre, je suis d’ailleurs membre du Comité de Direction. Nous intervenons sur tous types de secteurs d’activité, impliqués dans de nombreux projets transversaux. Il y a bien sûr la gestion globale de l’image du club et le développement de la marque FCL, mais aussi la gestion des relations presse, des relations publics, des relations institutionnelles, la communication d’influence, l’événementiel… Il y a aussi un gros travail transverse, au niveau du commercial, du marketing, de la billetterie, du merchandising… Nous intervenons donc sur des domaines d’activité multiples car c’est un service qui doit anticiper et accompagner le développement global du club. Comme je le dis souvent, le service communication est un service au service de tous les services. Il y a donc beaucoup de travail. Mon équipe n’est pas nombreuse mais elle est de qualité, super efficace et super motivée !

Comment définiriez-vous le football ?

Le foot, et c’est comme cela qu’on le conçoit à Lorient, doit avant tout rester un sport, un jeu, un spectacle. C’est un élément fédérateur, le sport universel par excellence. C’est aussi un sport formidablement démocratique car il offre sa chance à tout le monde, quelle que soit son origine, sa couleur de peau, sa religion, sa condition sociale, sa taille, son poids. Un sport porteur de valeurs d’humilité, de partage, de solidarité, de fraternité. Il faut d’ailleurs distinguer le football amateur, qui fait la force de ce sport le football professionnel, qui est la (petite) partie émergée de l’iceberg, celle que le grand public voit tous les jours et qui n’a pas forcément bonne presse. C’est un milieu où il y a énormément d’argent, donc beaucoup de pression et d’exigences, de dérives parfois, mais également de passion, souvent trop, ce qui peut conduire à des excès. C’est dommage, car le football ce n’est pas seulement la mauvaise image qu’il donne parfois ; ce sont aussi toutes les belles actions, toutes les belles histoires dont il est l’instigateur. C’est un créateur de lien social, un accélérateur de notoriété et un poumon économique pour une ville ou toute une région. Ca mobilise et c’est fédérateur. Bref, c’est un sport formidable, qui procure des émotions intenses et uniques.

Supporters FCL

Crédits ©FC Lorient-Bruno Perrel

Comment voyez-vous le football dans le futur ?

Le fossé se creuse de plus en plus entre les clubs qui ont de très gros moyens, ceux qui en ont un peu moins et ceux qui n’en ont pas du tout. De ce fait, c’est un football à plusieurs vitesses, des mondes différents et cela se ressent sur les terrains comme en dehors. On arrivera peut-être un jour à ce dont on parle depuis déjà quelques temps, une Superligue Européenne « fermée » dans laquelle joueront les clubs les plus puissants, pendant que les autres continueront à faire vivre une certaine idée du romantisme. C’est dommage, mais c’est aussi un reflet de la société.

Quel est pour vous le joueur le plus emblématique de l’histoire du football ? Et du FC Lorient ?

Je n’ai pas vu jouer tous les joueurs de l’histoire, mais mon âge me permet d’avoir un spectre assez large. Il y a évidemment Pelé, Cruijff, Maradona, Platini, Zidane, Messi, mais aussi beaucoup d’autres. On parle ici de joueurs offensifs mais il y a eu des défenseurs extraordinaires, comme Beckenbauer ou Maldini, qui ont marqué leur génération, leur époque. Et leur équipe aussi, parce que c’étaient des joueurs d’un seul club, des joueurs fidèles. Ca leur donnait une autre dimension, car on les identifiait au club, à ses valeurs, à une philosophie… Ce sont des choses que l’on voit de moins en moins, malheureusement. Concernant Lorient, c’est encore plus difficile à dire, car je ne les ai pas vus tous jouer. Le FCL est un club qui a une longue histoire mais, finalement, une histoire très récente en Ligue 1. Beaucoup de joueurs ont porté ce maillot, mais s’il ne fallait en citer qu’un, ce serait évidemment Christian Gourcuff. Un symbole à tous points de vue et le garant de l’identité de jeu du club, de sa spécificité.

Quel est votre plus beau souvenir de supporter ?

J’ai 51 ans, j’ai donc vu des centaines, voire des milliers de matchs, au stade ou à la télé. Beaucoup m’ont marqué. Mais celui qui m’a définitivement transporté dans la passion du football, c’est le quart de finale retour de la Coupe d’Europe des Clubs Champions : Liverpool – Saint-Etienne à Anfield le 16 Mars 1977. J’avais 14 ans. Saint-Etienne avait gagné 1-0 à l’aller mais Liverpool s’est imposé 3-1 au retour. Le résumé vidéo est disponible sur YouTube, je conseille à tout le monde d’y jeter un œil. Il y avait une intensité incroyable, sur le terrain comme dans les tribunes. A l’époque, très peu de matchs étaient retransmis à la télé donc on avait rarement l’occasion de se confronter à d’autres football que le football français. Ce soir-là, j’avais découvert comment on vivait le football en Angleterre, particulièrement à Liverpool, le jeu, le Kop, les chants, la lumière, le terrain lourd, je pouvais presque sentir l’odeur de la pelouse ! Ca m’avait émerveillé. J’adorais déjà le foot, j’y jouais depuis tout gamin, j’allais souvent au stade. Mais ce soir-là, j’ai compris qu’il ne me quitterait jamais, qu’il m’habiterait jusqu’à la fin de mes jours. Je n’avais pas les qualités pour devenir professionnel, mais je suis heureux que mes différents métiers m’aient toujours permis d’exercer dans l’univers du football.

Parlez-nous en quelques mots du FC Lorient…

FC Lorient 2013-2014

Crédits ©FC Lorient-Bruno Perrel

C’est un club à l’image de sa devise, « le football autrement ». Nous essayons de faire les choses différemment, avec passion et ambition, tout en restant fidèles à nos valeurs fondamentales, qui sont l’humilité, la convivialité et le travail. Le « football autrement », c’est d’abord une identité de jeu, une certaine façon de voir et de penser le foot, spectaculaire et généreuse, initiée par Christian Gourcuff. C’est un peu le label FC Lorient, son ADN. Nous sommes aussi un club très identitaire et très ancré dans sa région. Nous nous attachons à être proches de nos supporters, de la même façon que nos supporters sont proches de nous. Il y a une grande convivialité, pas d’entraînements huis clos, pas de violences au stade, nos joueurs sont toujours abordables. Nous voulons que le football soit avant tout un grand rassemblement populaire et familial, accessible à tous. Nos prix sont abordables, car on ne veut priver personne de ce spectacle. D’ailleurs le stade du Moustoir n’est pas seulement un stade, c’est un lieu de fête : il y a le match, mais aussi de nombreuses animations avant, à la mi-temps et après, pour que les gens aient plaisir à venir et à rester, indépendamment du résultat sportif. Nous sommes également un club citoyen et engagé, très impliqué au niveau pédagogique, social, caritatif. Un club sain et simple, mais avec beaucoup d’ambition, comme en témoigne notamment l’Espace FCL, l’un des plus beaux centres d’entraînement de France, que nous avons inauguré l’été dernier. Le FC Lorient n’est plus le petit club provincial qui découvre l’élite et que l’on regarde avec un brin de condescendance. C’est un club dont l’identité de jeu et le modèle économique sont unanimement salués et qui, sur les cinq dernières saisons cumulées, est le 9e club français en termes de résultats sportifs et de notoriété.

Qu’attendez-vous de cette année 2014 ?

Le club travaille sur de nombreux projets structurants. Depuis l’arrivée de Loïc Féry à la présidence, il y a quatre ans, le club est vraiment entré dans une nouvelle dimension. Concernant plus spécifiquement la communication, parmi de très nombreux dossiers en cours, nous allons prochainement implémenter un nouvel outil de CRM et nous travaillons également sur la création d’une « Fondation FCL ». A ce titre, nous allons bientôt annoncer un partenariat d’envergure avec une grande organisation humanitaire. Nous allons également développer notre pôle médias, remodeler notre interface de billetterie en ligne, et accentuer notre action sur les réseaux sociaux.

Pouvez-vous nous en dire plus concernant votre politique sur les réseaux sociaux ?

Nous sommes arrivés relativement tard sur les réseaux sociaux, mais avec humilité, conscients de notre identité, de nos valeurs, de nos moyens et de notre dimension. Nous ne sommes pas un club planétaire comme le FC Barcelone, Manchester United ou le PSG, donc on reste à notre place. Nous avons connu une première phase d’installation, destinée à créer et mieux connaître notre communauté de sympathisants, qui est aujourd’hui importante sur Facebook, Twitter ou Instagram. Désormais, on va s’attacher à la faire mieux vivre, avec plus d’interactivité, de contenus attractifs et exclusifs, d’offres spéciales, de messages ciblés…

Le FC Lorient donne-t-il des consignes à ses joueurs concernant l’utilisation des réseaux sociaux ?

Il n’y a pas de consignes mais on les sensibilise, on les conseille au besoin. Les clubs ne sont pas propriétaires des droits d’image de leurs joueurs mais ceux-ci sont conscients qu’à partir du moment où ils sont des personnages publics, ils ont un devoir d’exemplarité, vis-à-vis de leur employeur, mais aussi du football dans son ensemble et, évidemment, d’eux-mêmes. Le FCL est un club bien élevé. Nos joueurs aussi et il n’y a jamais eu de dérapage.

Donc vous êtes globalement satisfait de l’image que renvoient vos joueurs et le club ?

Les études le montrent : nous sommes toujours sur le podium ou le Top 5 des clubs les plus sympathiques. Le dernier sondage Ipsos indique d’ailleurs que pour 81% des personnes interrogées, l’adjectif « sympathique » est celui qui caractérise le mieux le FCL, devant « formateur » et « dynamique ». D’ailleurs le FC Lorient est l’un des rares clubs à faire passer un entretien d’embauche aux joueurs. Pour signer ici, les qualités footballistiques ne suffisent pas : il est également très important que les valeurs du joueur soient en adéquation avec celles du FC Lorient.

Est-il facile de communiquer autour des projets du FC Lorient ?

On l’a dit, le FCL est un club très jeune au plus haut niveau, mais avec déjà une Coupe de France et une finale de Coupe de la Ligue au palmarès et une place ancrée dans le Top 10 en termes de résultats sportifs et de notoriété. L’an dernier, nous avons eu 67 heures de temps d’antenne (hors retransmissions de matches), nous avons été diffusés 15 fois dans des cases premium avec de multiples retombées presse au niveau national. Nous offrons donc une visibilité importante à nos partenaires, avec un taux de notoriété spontanée très intéressant. Nous sommes de plus un club particulièrement convivial. A l’heure où le monde des médias et celui du football s’éloignent et s’affrontent de plus en plus, nous restons accessibles et ouverts. A Lorient, on est toujours bien reçu !

Quelle est la campagne de communication sportive qui vous a le plus marqué ?

Il y en a beaucoup ! A défaut de pouvoir en citer une en particulier, je vais citer la dernière en date, même si ce n’était pas une campagne et qu’elle n’a pas nécessité des moyens colossaux. C’était le mois dernier en Angleterre, à l’occasion d’un match de FA Cup entre Bournemouth et Burton Albion. Le match a été remis à cause de la pluie et sur les écrans du stade s’est affiché ce score : Rain 1 – Pitch 0. J’ai trouvé ça génial car c’est comme ça que je conçois la communication : simple, originale, efficace, complice et potentiellement amusante. Pour  zéro euro de budget !

Quelle est votre plus belle réussite en termes de communication sportive ?

Passeport SuperFan

Crédits ©FC Lorient-Bruno Perrel

Tous les projets que j’ai pilotés, que ce soit à Lorient ou ailleurs, étaient toujours des travaux d’équipe, donc c’est avant tout une réussite de groupe. Dans la vie en général et dans le football en particulier, on n’est rien sans l’autre. Comme pour la question précédente, je répondrai qu’il y en a également eu beaucoup, donc là encore nous allons citer la dernière en date. C’est une opération que nous avons mise en place pour la campagne d’abonnements cette saison. Plutôt que de donner une simple carte à nos abonnés, nous nous sommes concentrés sur le côté très identitaire du club, cet ADN, ce sentiment d’appartenance à la famille FCL. Nous avons donc créé un passeport Super Fan pour nos abonnés, exactement au même format qu’un passeport de la république française. Et puisque nous sommes un acteur majeur de l’économie de notre territoire, puis que nous sommes toujours soucieux de procurer des avantages à nos supporters fidèles, nous avons développé des offres promotionnelles de synergie avec l’Office du Tourisme, pour permettre à nos abonnés de bénéficier, avec ce passeport, d’offres intéressantes en dehors du football. Voilà, c’était une opération qui se voulait différente, dans la droite ligne du « football autrement » et qui a bien plu. Tout comme celle qui, l’an dernier, était destinée à valoriser la section féminine du FCL, pour laquelle nous avons créé un logo spécifique et une marque à part entière, en forme de clin  d’œil : le « FC Elle ».

Toute l’équipe de CotéVestiaire remercie M.HUBAC pour cette belle interview. On compte sur vous pour la partager et en faire profiter un maximum de personnes.

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À propos de Anthony

Love sport, technology and marketing

Publié le 23/01/2014, dans Rencontres, et tagué , , , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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