Interview de Serge Valentin, fondateur de Sport Numericus

Photo SergeValentinAujourd’hui, CoteVestiaire vous offre l’interview de Serge VALENTIN, le fondateur de Sport Numericus.

Serge Valentin, pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

J’ai été sportif de haut niveau et entraineur de l’Equipe de France de planche à voile pour les jeux olympiques de Los Angeles et Séoul. J’ai par la suite basculé dans le monde de la communication et du marketing chez l’annonceur au sein du groupe Perrier où j’ai été en charge de la stratégie de partenariats et de relations publiques. Je suis revenu ensuite dans le monde du sport au Ministère des Sports et dans le mouvement sportif puisque j’ai travaillé au Comité National Olympique et Sportif français avant de rejoindre le Groupe Orange pour la gestion des partenariats dans le monde. C’est la synthèse de tout ce parcours qui m’a amené à considérer qu’il y avait dans le sport, un certain déficit concernant l’utilisation du digital et la mise en place de stratégies dans ce domaine.  L’idée de la création de Sport Numericus s’est alors imposée.

Je pense que l’on est encore aujourd’hui à l’ère de la pédagogie. Les dirigeants sportifs sont des enfants de la télé alors que les pratiquants du sport d’aujourd’hui sont des enfants issus du communautaire et des réseaux sociaux. Il existe une rupture sur les outils et les médias de référence entre ces générations. Pour les dirigeants du sport aujourd’hui, c’est la télévision qui reste le média le plus important (ce que l’on ne conteste pas pour les grands événements) mais pour de nombreux sports, cette quête du Graal est perdue d’avance au regard des enjeux d’audience de ce média. Je pense que pour beaucoup de sports, il y a davantage à gagner en étant plus présent sur le Web. On le voit d’ailleurs très bien avec des sports funs et jeunes qui se sont mis directement sur le Web et qui marchent très bien auprès de leurs communautés. Tous les sports de glisse, entre autres, ont pris ce virage et vivent pour l’instant très bien avec le digital sans avoir l’impression d’être un petit sport.

Comment vous est venue l’idée de créer Sport Numericus ?

On y a pensé il y a 5 ans, on l’a fait pour la première fois il y a 4 ans. J’avais constaté que l’utilisation du digital était très faible et était utilisée comme une copie du contenu des autres outils existants et particulièrement du papier. Par exemple les sites web des fédérations étaient une copie de ce qui se faisait sur les magazines et il n’y avait pas de réelle stratégie digitale qui prenait en compte l’interaction, on était toujours dans une communication top/down. Je me suis donc dit qu’il y avait quelque chose à faire. Il y a d’un côté un marché qui se développe avec des professionnels qui ont des outils interactifs  à proposer, et d’un autre côté des personnes qui ne savent pas comment utiliser le digital. J’ai alors souhaité créer la rencontre entre ces personnes. Aujourd’hui, Sport Numericus est d’ailleurs davantage une rencontre qu’un salon, bien qu’on crée de plus en plus une place de marché. On organise également des conférences pour qu’il y ait des échanges, un partage, une vision,…

Quel bilan faites-vous de cette édition ?

Le bilan est très bon alors que l’on avait changé beaucoup de paramètres. En premier lieu, la date (Juin au lieu de Novembre), notamment parce que les clubs professionnels étaient, à cette période, en pleine activité et ne pouvaient pas se libérer. Après discussion avec les ligues, nous avons conclu que la meilleure période était fin juin avant la reprise de l’activité des grands championnats. En conséquence le Stade de France n’était plus disponible et nous avons dû changer de lieu, nous sommes ainsi venus sur Paris au stade Jean Bouin. Enfin nous avons organisé cet événement sur une grosse demi-journée plutôt que sur la journée entière, en terminant par la remise des Prix.

Avec tous ces changements, nous avons eu le même nombre de participants que l’an dernier, soit 400, donc nous sommes très satisfaits.

Comment ces changements ont-ils été perçus par les participants ?

Nous sommes en train de réaliser une étude auprès des participants pour connaître leur point de vue. Concernant la date, les personnes à qui j’ai pu parler étaient plutôt favorables à ce changement. Il y avait d’ailleurs davantage de clubs professionnels que les éditions précédentes. Pour le lieu, tout le monde a bien apprécié le fait d’être à Paris, ce qui nous conforte dans ce choix-là. Pour finir, le choix de la demi-journée semble convenir aux attentes des participants même si cela rend l’événement peut-être trop dense.

Quelles sont les pistes d’amélioration pour les prochaines éditions ?

Modifier le contenu pour le rendre plus « léger » tout en restant consistant parce qu’il faut que les participants qui viennent assister à Sport Numericus trouvent de la matière. Cependant, on devrait se concentrer sur l’amélioration de certains détails, plutôt que sur l’organisation générale.

Quelle serait pour vous l’édition parfaite ?

Pour un organisateur, une édition est parfaite lorsque les participants sont contents, trouvent ce qu’ils sont venus chercher. Il y a à la fois le coté place de marché, le coté networking, le coté pédagogique. Sur ces trois points là, je voudrais que les gens s’y retrouvent et soient contents d’être là. L’an dernier, nous étions à 80% de taux de satisfaction donc j’espère que l’on sera au moins au même niveau cette année.

Comment définiriez-vous le sport tel qu’il est aujourd’hui ?

Le sport a une place particulière dans la société. Le sport est capable de rassembler et transformer totalement l’état d’esprit d’un pays, notamment lors de grands événements comme les JO ou la Coupe du Monde de Football. Aujourd’hui, c’est l’aspect social et sociétal qui m’intéresse autour du sport. Je pense que le sport participe au ciment d’une nation. Quelle que soit l’origine des gens, tous se retrouvent derrière leur drapeau lors d’un  grand événement.

C’est également un secteur en plein essor, basé sur les aspects de compétition et donc de résultats. A partir de là, je pense que c’est formateur et vertueux. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si de nombreux jeunes souhaitent travailler dans ce secteur. Dans le sport, on perd aussi plus souvent que l’on ne gagne. Il faut donc apprendre à se relever, à se remotiver, se fixer de nouveaux objectifs,… ce qui est donc très formateur. C’est une bonne leçon de vie.

Pensez-vous que le sport évolue dans le bon sens ?

Il y a quelques problèmes, notamment ceux liés au dopage, au racisme, aux paris… Cependant, l’organisation du sport telle qu’elle est faite par les clubs, les fédérations, les bénévoles est un beau modèle qui demande à être conforté. Mais il est vrai qu’il y a souvent des dérives dans le sport de haut niveau, notamment des gestes ou des prises de paroles qu’on ne devrait plus voir ou entendre compte tenu de la situation globale française.

Quels sont les événements, technologies,… qui ont marqué une rupture dans sport ?

Dans la pratique, l’élément marquant est la professionnalisation du sport. Pendant très longtemps le sport est resté amateur, le CIO interdisait d’ailleurs aux joueurs professionnels de participer au JO, certains athlètes ont même été sanctionnés pour avoir touché un peu d’argent. On est passé depuis des années à un sport plus professionnel. L’avantage est que les athlètes sont désormais mieux suivis, mieux formés.

L’autre rupture importante a été l’arrivée de la télévision. A partir du moment où le sport est devenu un spectacle télévisuel, avec des enjeux forts, il est entré dans une nouvelle dimension et un véritable marché s’est organisé.

Aujourd’hui, je pense que le digital apporte une nouvelle rupture. On passe d’un spectacle que l’on regardait à la télévision en tant que téléspectateur « passif », à un sport auquel tout le monde peut participer en partageant son expérience, sa vision, son expertise devenant un véritable média. Tout le monde peut désormais devenir son propre média pour sa communauté. On va donc arriver sur des événements connectés durant lesquels chaque spectateur pourra partager ses propres contenus à sa communauté. Je pense que cela provoquera une autre rupture dans la consommation du sport parce qu’on va arriver sur du participatif. Il n’y a qu’à voir le nombre de tweets publiés sur chaque événement pour se rendre compte qu’on rentre dans une nouvelle dimension. Actuellement, le spectacle sportif est essentiellement fait pour les télévisions et l’on va tendre progressivement vers un spectacle que pourront s’approprier tous les spectateurs et téléspectateurs.

A ce titre, l’idée de l’UEFA de faire jouer le prochain EURO dans toute l’Europe est super car ça permettra à un plus grand nombre de personnes de différents pays d’assister à l’événement. D’ailleurs, les JO auront peut-être une question à se poser à ce sujet car le CIO donne les Jeux à une ville. Or on constate qu’il est de plus en plus difficile pour une ville de supporter seule la charge financière de cette organisation. Répartis sur un pays, un tel événement pourrait générer beaucoup plus d’adhésion. On pourrait alors imaginer des Jeux avec la natation à Marseille,  la voile à La Rochelle, l’athlétisme à Paris et l’aviron à Aiguebelette,…

Qui est aujourd’hui le plus préparé à cette « révolution digitale » ?

Aujourd’hui, avec le numérique, pour moi, les athlètes sont en phase avec la génération communautaire. Ils ont repris du pouvoir et possèdent souvent leur propre communauté. Jusqu’à maintenant, on leur demandait de pratiquer leur sport mais ils sont désormais aussi leur propre média. En plus de cela, c’est un moyen pour eux d’augmenter leur audience, leur valeur,… Les chiffres de leurs followers sont éloquents. Ce sont plutôt les organisateurs d’événements qui ont les clés de cette évolution qu’il faudrait interroger.

Quel est l’événement sportif qui vous a le plus marqué ?

Le moment qui m’a le plus marqué dans ma carrière ce sont les Jeux Olympiques. Pour moi, c’est la rencontre du Monde entier (plus de 200 pays) qui vient se mesurer dans un grand nombre de sports et ça change totalement l’état d’esprit de la ville et du pays. Les gens sont heureux, ils sourient. C’est tellement universel et pluridisciplinaire que tout le monde peut arriver à un niveau de satisfaction intéressant, même sans gagner. Je pense qu’il faut vraiment avoir  vécu des Jeux Olympiques pour comprendre de quoi il s’agit et se rendre compte de l’émulation qu’ils créent. Jusqu’à maintenant, ça reste l’événement le plus fort que j’ai vécu.

Que peut-on vous souhaiter pour la suite ?

Que Sport Numericus continue à se développer et réponde aux attentes des acteurs du monde du sport et du numérique. L’idée est vraiment d’être la référence et le rendez-vous annuel de ces deux communautés. J’aimerais également que Sport Numericus devienne encore plus une place de marché pour faire en sorte que tout le monde puisse trouver les bons interlocuteurs, les bonnes solutions pour que les solutions numériques puisse aider le sport à se développer, à la fois dans sa pratique mais aussi dans son business.

Toute l’équipe de CotéVestiaire remercie Serge VALENTIN pour cette belle interview. On compte sur vous pour la partager et en faire profiter un maximum de personnes.

À propos de Anthony

Love sport, technology and marketing

Publié le 31/07/2014, dans Rencontres, et tagué , , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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